Portrait d'artisan

Créateurs d'Histoires et l'atelier de verre Ilaké.
Pour le mois d'octobre, nous partons à la découverte de Claire et Lucie, artisans du verre, de l'atelier Ilaké. Direction la vallée du Champsaur, entre montagnes et végétation où se situe leur bel atelier.
 
1- Introduction : parlez-nous un peu de vous
 
Nous sommes Claire et Lucie, de l'atelier de verre Ilaké. Nous sommes installées dans les Hautes-Alpes, sur le territoire du Champsaur. Nous nous sommes rencontrées il y a 11ans en formation au Centre Européen de Recherches et de Formation aux Arts Verriers, et nous travaillons ensemble depuis l'obtention de notre diplôme. Nous avons d'abord travaillé pour d'autres ateliers en Espagne et en Italie, puis nous avons créé une première entreprise coopérative, avec trois autres femmes verrier en 2016, en Lorraine. Ilaké est notre deuxième expérience entrepreneuriale, cette fois en duo, au cœur des montagnes. Nous nous sommes peu à peu spécialisées dans la création de vaisselle sur-mesure pour les chefs cuisiniers, un univers passionnant !
 
2) Pourquoi avoir fait le choix du verre comme matériau ?
 
Le verre est un matériau rude à travailler, il est sensible, fragile, capricieux, coupant... mais aussi tout à fait magique ! Il fusionne, se métamorphose, réagit en se colorant au contact d'oxydes métalliques. Une fois formé, il peut encore prendre mille aspects. Tantôt il reflète son environnement, tantôt il laisse voir à travers lui. Opalescent, il capte et diffuse la lumière. Coloré, il semble changer de teinte selon ce sur quoi il est posé et comment il est éclairé.
Nous aimons aussi le fait que le travail du verre puisse intégrer mille techniques et savoir-faire connexes : la sérigraphie, la peinture , le dessin, le moulage, et même la maçonnerie pour la pose des vitraux !
 
3) Quel est votre rapport à la Nature dont vous vous inspirez pour vos créations ?
 
Notre atelier est en pleine nature, en altitude. Nous tenons particulièrement à ce cadre de travail, beau, serein et inspirant. Nous utilisons par ailleurs beaucoup les végétaux dans nos créations. Nos collections de vaisselle intègrent souvent des dessins de plantes sauvages, comestibles ou non. Nous étudions avec chaque Chef les plantes qui représentent le plus sa cuisine, ou l'environnement de son restaurant. Mois après mois, et au gré des saisons, notre vaisselle-herbier s'enrichit, en même temps que notre connaissance du monde végétal.         
4) Un élément, un végétal ou un motif qui vous inspire particulièrement ?
 
En ce moment, avec l'arrivée du printemps, nous sommes dans les cerisiers et pruniers en fleurs. En les dessinant, on saisit d'autant plus la beauté de leur déploiement.
 
5) Quelle(s) initiative(s) éco-responsables avez-vous mis en place au sein de votre atelier ?
 
Nous travaillons le plus possible avec des matières premières françaises ou frontalières.
Nous utilisons des emballages écologiques ou du réemploi des colis que nous recevons.
Par ailleurs, nous travaillons à une vaisselle durable : nous proposons aux chefs de restaurer les assiettes si elles viennent à s'user au fil des années : nous pouvons les sabler à nouveau et les repasser en cuisson pour qu'elles repartent avec une peau neuve !
 
6) Souhaiteriez-vous transmettre votre savoir-faire auprès de la jeune génération ?
 
Oui, nous accueillons régulièrement des stagiaires à l'atelier. Nous sommes également formatrices sur des cycles courts au CERFAV, l’école du verre où nous nous sommes formées. Enfin, nous envisageons de prendre un apprenti dans les années à venir.
 
7) Que pensez-vous du statut d’artisan d’art aujourd’hui ?
 
Il pourrait manquer un véritable statut juridique propre à cette profession, qui a ses spécificités : beaucoup de besoins en machines, un coût de fabrication plus élevé et une marge plus faible que d'autres métiers classés à la Chambre des Métiers et de l'Artisanat.
Il pourrait y avoir plus d'aides pour cette typologie de métiers qu'est l'artisanat d'art, qui est essentielle à la préservation des savoir-faire, qui permet du sur-mesure, des pièces uniques et haut-de-gamme.
 
8) Que diriez-vous à une personne qui souhaite devenir artisan d’art ? Avez-vous un conseil ?
 
Nous lui conseillerions de bien se former à tous les champs extérieurs à l'artisanat d'art, mais indispensables à la réussite d'une entreprise : la communication (savoir valoriser ses créations), la commercialisation, la gestion, la relation clients. Au quotidien, la pratique de notre métier à proprement parler ne représente pas plus de 50% de notre temps de travail !
 
9) Il y a-t-il un Chef ou un établissement avec lequel vous aimeriez particulièrement collaborer ?
 
Nous aimons déjà beaucoup notre clientèle de Chefs, que nous essayons de combler en nous adaptant au mieux à leur originalité. Par la suite, nous aimerions beaucoup travailler avec le Chef Mauro Colagreco et le Chef Christophe Aribert, pour leur rapport holistique à la nourriture, qui s'intègre dans une conception globale de rapport à l'environnement, de qualité de vie. Le Chef Christophe Aribert a son restaurant en Isère, terroir où vit Claire, et le Chef Mauro Colagreco est en région PACA, et nous serions heureuses de travailler à proximité, cela renforce la possibilité d'un échange humain.
 
10) Où et comment vous imaginez-vous professionnellement dans cinq ans ?                                                                                                                       
Nous nous imaginons toujours dans notre atelier au cœur des montagnes, avec une équipe un peu agrandie (2 personnes en plus), nous souhaitons rester sur une petite échelle de fabrication, car c'est cela qui garantie des réalisations sur-mesure, au plus près de notre clientèle et avec la créativité comme moteur.
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